Ministry of Loneliness

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En 2019, je pars au Japon pour la première fois durant dix jours, sans avoir décidé en amont d’un projet photographique.
C’est à mon retour en France que cela me saute aux yeux : on perçoit dans les images, dans des mégalopoles aussi peuplées que Tokyo, un sentiment de solitude, une mélancolie diffuse.

La pandémie de Covid 19 arrive et je ne peux organiser un nouveau voyage qu’en 2025. En menant entre-temps des recherches plus poussées sur le pays, je découvre qu’en 2021, le gouvernement a décidé de créer un Ministère de la Solitude pour enrayer la hausse inquiétante du nombre de suicides.

La société japonaise est traditionnellement patriarcale, avec un modèle basé sur une répartition des rôles genrée entre les hommes et les femmes. Il est communément admis qu’une femme doit se marier, avoir des enfants et qu’elle s’arrête de travailler lorsqu’elle devient mère. Le modèle du salaryman qui ne compte pas ses heures de travail est encore aussi très valorisé avec son lot de cas d’épuisements professionnels.

Les individus sont, dès l’enfance, aussi bien au sein de leur famille que dans le cadre scolaire, soumis à la forte pression du groupe, et il semble difficile lorsqu’on choisit un autre chemin de trouver sa place dans cette société très normée.

Cette série ne se veut pas documentaire mais s’inscrit dans une perspective sociologique et poétique. C’est pour cette raison que je l’ai connectée à la nature afin de créer une tension avec l’urbanité. Le shintoïsme, religion la plus ancienne du Japon, célèbre les divinités de la nature, ces êtres supérieurs, ancrés dans un cycle de recommencement perpétuel de vie, source d’espoir.